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En
biographie, les êtres ne vivent que dans la mesure où d'autres les
ont vus et ont pris note de leurs actions.
La vieille philosophie idéaliste disait : " Être, c'est être
perçu. "
Il semble que chaque homme connaisse assez exactement les faits
de sa propre vie et qu'il lui suffise d'être honnête pour en donner
un récit complet. Il peut retrouver les mobiles des actes qu'il
aurait voulu réaliser et que les circonstances ne lui ont pas permis
d'accomplir. Il va saisir l'occasion pour nouer des liens privilégiés
avec son lecteur qu'il sent, pour la première fois, si curieux de
lui. Le lecteur, lui, peut enfin être éclairé sur des pans obscurs
de sa propre histoire et devenir le confident.
En écrivant, on a juste l'intention d'être sincère, on s'engage
à dire le vrai, c'est tellement précieux pour nous, Notre Vie… Ces
événements si simples, ces soubresauts, ces douleurs, ces
bonheurs, comment ne nous paraîtraient-ils pas, à nous, importants,
plus importants que tout, puisqu'ils nous ont inspiré des émotions
si vives ? Nous savons que nous n'aurons rien d'autre au monde que
ces quarante, ces soixante années, alors écrire sa biographie sans
couleurs fausses, sans réserve, c'est offrir un document d'une valeur
inestimable pour le lecteur, et cela, en plus d'un point.
C'est terrible à faire, plein d'excitation et de difficultés. D'abord,
tous les pièges de la mémoire ! Car elle oublie la mémoire ! soit
par simple effet du temps, soit par censure volontaire.
Et puis tous les pièges du langage !
C'est ici que j'interviens…. Tricoter le réel, démêler les mailles
qui composent une vie .
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